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Par Daniel Schneidermann
le 24/01/2012
Noyade, suite. Maintenant, c'est le noyé qui parle. Après la panne de mots sur la perte
du triple A, après les accès de masochisme, après les premiers aveux voilés d'erreurs passées par l'entourage, le film de la noyade au ralenti se poursuit, implacable. Le
Monde d'aujourd'hui reproduit de longues citations (accès payant) dans lesquelles Sarkozy, en privé, envisagerait sa défaite, et ce qui s'ensuivrait. " En cas d'échec, j'arrête la politique, oui
c'est une certitude. Je suis avocat, j'ai toujours eu un cabinet et je suis passionné de tas de choses, explique aujourd'hui le président à son entourage. En tout cas, je changerai de vie
complètement, vous n'entendrez plus parler de moi !" Voyez comme l'heure est grave: le ci-devant
copain des vedettes cite désormais Pascal. Pas Obispo, non. Blaise: "L'homme est ainsi fait que tout est organisé pour qu'il oublie qu'il va mourir".
Evidemment, comme souvent, cet article omet le plus intéressant, à savoir: comment ces citations désabusées sont-elles parvenues aux oreilles d'Arnaud Leparmentier et de
Vanessa Schneider, du Monde ? De la bouche de Sarkozy lui-même, qui se serait confié en "off", comme on l'a vu à de nombreuses reprises dans le passé ? Ou bien rapportées par l'entourage ? Directement ? Indirectement, avec risques de déformations ? Et si elles sont rapportées par
l'entourage, le sont-elles avec l'accord de Sarkozy, ce qui signifierait que non seulement il envisage, mais souhaite sa propre défaite ? Ou bien sans son accord, ce qui signifierait au
contraire que l'entourage le plus proche se prépare à planter les poignards ?
Dans toutes les hypothèses, ces citations accélèrent la spirale de la déroute, que chacun est désormais forcé d'observer. Et d'abord les politiques les plus affûtés. C'est sans
doute parce qu'il pronostique désormais un second tour contre Hollande, que l'on voit aujourd'hui Bayrou prendre un virage en épingle à cheveux vers la droite. Il fallait l'entendre, ce matin,
devant un Aphatie en extase, expliquer que les banques n'étaient pour rien, strictement pour rien dans la crise de la dette, laquelle crise était exclusivement imputable à nos fautes, à nos
très grandes fautes passées de dépensiers inconséquents. Et pas au renflouement des banques; et pas aux lacunes de l'Europe politique; et pas à la surenchère désordonnée d'agences de notation
schizophrènes et myopes. Non, à nos fautes. Je serais curieux de savoir comment Bayrou s'imagine l'électeur sarkoziste bayrouo-compatible. Croit-il que la droite profonde brûle chaque semaine
un cierge aux profits bancaires ? Le risque des virages en épingle à cheveux, c'est qu'on y augmente les risques de foncer dans le décor.
http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12954
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